Le flutamide n'augmente pas la survie mais majore la toxicité du traitement après orchidectomie dans le cancer métastasé de la prostate
Eisenberg MA, Blumenstein BA, Crawford ED, et al. Bilateral orchiec-tomy with or without flutamide for metastatic prostate cancer. N Engl J Med 1998;339:1036-42.
Question
Chez les patients atteints d'un cancer métastasé de la prostate, n'ayant jamais reçu d'anti-androgènes, le flutamide diminue-t-il la mortalité après orchidectomie ?
Plan expérimental
Essai comparatif randomisé en double insu contre placebo avec un suivi de 49 mois (groupe placebo) ou 50 mois (groupe flutamide).
Cadre
Plusieurs centres hospitaliers aux États-Unis.
Patients
1 387 patients (âge médian : 70 ans) ayant un adénocarcinome prostatique confirmé histologiquement avec des métastases à distance (des tissus mous ou osseuses) et un score d'état général du South-West Oncology Group de 0 (activité normale) à 3 (patients limités dans les soins courants et confinés au lit ou au fauteuil > 50% du temps). Les patients ayant un score de 3 n'ont été inclus que si les douleurs étaient la cause principale de leur gêne fonctionnelle. Les autres critères d'inclusion ont été : fonction rénale correcte (créatininémie inférieure à 2 fois la limite supérieure de la normale), leucocytes supérieurs à 3 000/mm3, absence de traitement influençant la réponse hormonale ou biologique ou de chimiothérapie, absence d'antécédents de tumeur maligne dans les 5 dernières années en dehors des cancers cutanés (sauf mélanome), et absence d'antécédents de maladies infectieuses sévères. Le taux de suivi a été de 99,6% pour la survie et de 96% pour la toxicité du traitement.
Intervention
Les patients ont tous eu une orchidectomie bilatérale et ont reçu soit le flutamide, 2 gélules de 125 mg 3 fois par jour (n = 700), soit le placebo (n = 687) jusqu'à la progression.
Principaux critères de jugement
Mortalité de toute cause. Les critères secondaires ont été la survie avant progression et la toxicité.
Principaux résultats
L'analyse a été réalisée en intention de traiter. Il n'y a pas eu de différence de survie entre les 2 groupes (Tableau) ; le rapport des risques instantanés de décès pour le flutamide comparé au placebo a été de 0,91 (IC 90% : 0,81 à 1,01, p = 0,14). La puissance de l'étude pour mettre en évidence une différence de 25% à un niveau de significativité de 5% a été de 90%. Il n'y a pas eu de différence entre les 2 groupes pour la survie sans progression (20,4 mois en moyenne dans le groupe flutamide vs 18,6 dans le groupe placebo, p = 0,26). Les arrêts du traitement ont été plus nombreux sous flutamide que sous placebo (5% vs 1%, p = 0,003) ainsi que les diarrhées de grade > 2 (6% vs 3%, p = 0,002) et les anémies (9% vs 5%, p = 0,02).

* Abréviations définies dans le Glossaire ; RRR, NST, IC calculés d'après les données de l'article. NS : non significatif.
Conclusion
Chez les patients ayant un cancer métastasé de la prostate, n'ayant jamais reçu de traitement anti-androgène, l'association du flutamide à l'orchidectomie bilatérale ne prolonge pas la survie mais entraîne plus d'anémie et de diarrhée que l'orchidectomie seule.
Source de financement : National Cancer Institute.
Correspondance : Dr M.A. Eisenberg, South-west Oncology Group (SWOG-8894), Operations Office, 14980 Omicron Drive, San Antonio, TX 78245-3217, États-Unis. Fax : 410-614-8160.
Résumé et commentaire publiés dans Evidence-Based Medicine 1999;4(3):83.


